L'Eurydice au bassin le 22 février 1963

 


Avant 1968, les sous-marins du type DAPHNE paraissaient réussis et nos services techniques en étaient fiers. On allait même jusqu'à dire, peut être imprudemment, qu'ils étaient parfaitement sûrs en plongée.

Lorsque Ia MINERVE disparut cette confiance ne fut pas ébranlée. On voulut croire à un abordage en plongée avec un mystérieux sous-marin, peut-être soviétique, ou encore à une faute de l'équipage. Cette sorte de blocage intellectuel fit qu'on n'étudia pas sérieusement l'hypothèse d'une défaillance du matériel ou celle d'une erreur de conception, et qu'on ne prit par conséquent aucune mesure préventive ni curative.

Deux ans après, le 4 mars 1970, l'EURYDICE disparaissait à son tour, corps et biens, prêt de St Tropez, au large du cap Camarat, ( une quinzaine de kilomètres ). Cette fois, ce fut comme un coup de tonnerre qui débloqua les esprits les plus verrouillés dans leurs certitudes.

Le sous-marin avait appareillé de St Tropez à 5 heures du matin pour une série d'exercices qui devait se poursuivre 3 heures durant dans une zone à l'est des iles d'Hyères, entre 7 et 10H. Il était commandé depuis six mois par le lieutenant de vaisseau Bernard Truchis de Lays, ancien commandant en second de la Minerve ; un officier pakistanais, le lieutenant Jhanil Khan, appelé à servir à bord d'un sous-marin de même type, accompagnait la mission. Le submersible était en liaison constante avec un Breguet-Atlantique de la base de Nîmes-Garon. La mer et la visibilité étaient bonnes. A 4 milles nautique du port le sous-marin se mit en immersion périscopique. A 7H13, le Bréguet perd le contact radio, radar et visuel avec le sous-marin. Le dernier message signalait que tout allait bien à bord.

Les recherches sont entreprises sous la conduite de l'escorteur d'escadre "Surcouf", commandé par le capitaine de vaisseau Quentin sous les ordres de l'amiral Guillon, un hélicoptère, deux "Bréguet", des escorteurs ("le Duperrey","le Picard", "le Vendéen", "l'Alerte" ) , six dragueurs, des batiments d'appui ( "Arago", "jean Charcot") et sous-marins ( "Daphnée" et "Doris" ) assistés de quatres dragueurs italiens. La marine américaine faisait parvenir le batiment spécialisé "Skylark" basé à Rota en Espagne.

A 13 heures, la gabare "Fourmie" recueille des échantillons de mazout et divers débris : morceaux de plastic, fiches d'immatriculation d'appareils portant le nom du sous-marin, matériaux de contreplaqué, cartes mécanographiques d'un matériel de rechange délivré à l'Eurydice. L'analyse du gas-oil a permis d'établir qu'il s'agissait d'un carburant de type sous-marin avec forte teneur en souffre. L'analyse des bandes des séismographes des stations d'écoute du laboratoire de géophysique font apparaitre les traces d'une explosion en mer à 7H28.

La cérémonie en mémoire des disparus se déroula en présence du premier ministre Jacques Chaban-Delmas et Michel Debré, ministre de la Défense. Le président de la république Georges Pompidou dans un message transmis au ministre déclara s'incliner avec respect devant les marins victimes de leur devoir.

 

 


Epave du sous-marin EURYDICE. L'arrière qui sort du sédiment est coulé sur tribord d'environ 100 degrés. Au dessus des tuyaux et des cables électriques se trouvaient les tubes lance-torpille arrière.( Archive auteur).

Extrait de "Vingt ans de bathyscaphe". CV Georges HOUOT.
Préface de l'Amiral Georges CABANIER, Editions FAMOT 1972, distribution F BEAUVAL.

 

La Marine française fit appel au Mizar, un batiment de la Marine américaine équipé d'un "poisson". Arrivé le 10 avril à Toulon, une campagne systèmatique permit de repérer par magnétomètre plusieurs débris du sous-marin une douzaine de jours plus tard. Arrivé le 12 mai sur la zone, le bathyscaphe Archymède se mis à la recherche de la balise mouillée par le Mizar, et repéra l'arrière du sous-marin le 21 mai. Celui-ci, incliné sur tribord d'environ 100°, sort du sédiment au milieu d'un cratère d'une quinzaine de metres de rayon. Cet ensemble qui comprend les deux hélices et leurs lignes d'arbre extérieures, les barres de plongée arrière et le gouvernail de direction, touche à peine le sol et est incliné d'a peu près 15° sur l'horizontale ; on peut affirmer, puisque ces éléments sont en porte à faux, qu'une grande partie de la coque épaisse est enfouie dans la vase et maintient l'arrière dans cette position. Tout autour, dans un rayon d'une cinquantaine de mètres, gisent de nombreux morceaux de tôle, provenant de la coque légère exterieure, des ballasts et des soutes ; ils sont tous très déchiquetés et tordus. Le sas principal détaché de la coque a également été reconnu ainsi que le dôme sonar, arraché de l'étrave et apparemment intact. Après la prise de quelques centaines de photos, les plongées suivantes consacrées à une reconnaissance éloignée des lieux jusqu'à 600 mètres n'ont pas permises d'identifier d'autres débris.

Après ce repérage de l'épave entre 700 et 1000 m de fond, une enquête approfondie et des simulations sur ordinateur révélèrent plusieurs causes techniques possibles des deux accidents, et on y porta enfin remède. Cependant, l'éventualité d'une collision avec un cargo, lors de la reprise de vue, n'est pas à écarter.
C'est en effet, la séquence la plus délicate de la navigation sous-marine ; les phénomènes acoustiques dus à la bathycélérimétrie du milieu rendant le bâtiment pratiquement "sourd" dans cette zone.
L'identité de tous les cargos qui naviguaient dans la zone d'exercice avait été relevée. On s'intéressa notamment à un cargo français arrivé à Gênes, à un cargo, "l'Egalité", arrivé à Sfax et au cargo tunisien "Tabarka" mis en calle de radoub à Marseille et examiné par les experts des établissements nantais de l'Indret. Il s'agissait d'effectuer des prélévements de peintures et de fragment d'oxyde de métal sur les lèvres des éraflures trouvés sur la coque du cargo. Les conclusions de ces examens n'ont, semble-t-il, jamais été présentées au grand public.

 

 

Débris de tôle et aspect de sédiment cassé comme par un tremblement de terre. Ceci témoigne de la violence du choc sur le fond.(Archive auteur).

Extrait de "Vingt ans de bathyscaphe". CV Georges HOUOT.
Préface de l'Amiral Georges CABANIER, Editions FAMOT 1972, distribution F BEAUVAL.

 

 

Des fragments de l' « Eurydice » ont été photographiées des années après par une mission sous-marine, entre 700 m et 1000 m de profondeur ( Latitude : 43.16 N ,Longitude : 6.80 E ). Ces découvertes n'auraient guère fourni plus d'indications, si ce n'est sur le lieu du drame qui ne présente aucune particularité à même d'être en relation avec la désintégration du bâtiment.
« Les familles et les épouses des disparus se sont montrées très dignes, assure-t-on au SIRPA. Elles savaient que le métier de sous-marinier est dangereux. Malheureusement, aucun corps n'a été retrouvé. A ces profondeurs-là, la pression n'épargne rien. »
On sait que les coques de ces sous-marins pouvaient résister jusqu'à 300 m. Alors, les experts reconstruisent avec effroi ce qui a pu se passer dans les bâtiments disparus. « A partir de 500 m, les tôles se distordent et craquent de partout, jusqu'à l'implosion. Nos camarades ont dû vivre des minutes affreuses. Les sous-mariniers sont entraînés pour faire face à des situations de crise, sur des simulateurs. Mais là.. »

Depuis, les DAPHNE sont effectivement des sous-marins sûrs, mais pour les 57 hommes de L'EURYDICE, c'était trop tard.

 

 



La série Daphnée posséde deux lignes d'arbres.

Le nombre de tubes est porté à douze, dont 4 à l'arrière, parfaitement visible sur la photographie.

 
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