L'avis du précédent commandant.

Philippe Bouillot commandait la Minerve dix jours avant sa disparition. Pendant 22 mois, il a effectué près de 7000 heures de plongée sur ce bâtiment, qui s'était toujours remarquablement bien comporté et n'avait jamais eu aucun ennui. Il a cédé sa place le 17 janvier au commandant Fauve. Il a appris la disparition de la Minerve alors qu'il se trouvait au centre de repos des sous-mariniers à La Condamine.

En arrivant à Toulon il apprend que le secteur de la Minerve est le secteur 65. Les fonds y sont de 1500 à 2000 m. Il envisage d'abord une voie d'eau importante provoquant l'implosion du sous-marin par la pression élevée de l'eau sur la coque.

Mais la Minerve était en excellent état : 10 000 heures de plongée depuis son lancement à Nantes en 1961, des révisions pendant neuf mois tous les trois ans. Elle était sortie de sa dernière révision le premier avril 1967.

L'autre éventualité est l'abordage à l'immersion périscopique par un batiment de surface. Toutes sortes de dispositifs permettent d'écouter les bateaux de surface ( sonars, téléphones sous-marins ) ; mais le mauvais temps peut géner l'écoute. Or ce jour là il faisait très mauvais temps.

 

Les thèses avancées en 1968 :

- L'abordage : La fréquence de cette cause est grande, Le Breguet Atlantique avait signalé deux bâtiments de commerce dans le voisinage mais encore loin du sous-marin. En raison du mauvais temps, il a pu se produire sans que l'abordeur s'en aperçoive.
- L'échouage : Une erreur nautique de 5 milles vers le Nord aurait pu conduire le sous-marin à heurter des falaises sous-marines. mais la dernière position fournie par le Bréguet le situait plus au Sud.
- Les mines : Les secteurs de plongée ont été soigneusement dragués et obligation est faite aux sous-marins de ne pas s'approcher à moins de 30 mètres de fond sauf dans certains secteurs ayant fait l'objet d'investigations particulières ; mais il y a eu tellement de mouillages de mines sur les côtes ,dont le bilan est peu connu, pas plus d'ailleurs que celui des dragages effectués, qu'un doute subsiste encore.
- Un tir de torpilles : Deux enfants pêchant des oursins devant Beauvallon près de St Tropez avaient vu la mer frémir, s'enfler et secouer violemment la jetée le 27 janvier entre 15H00 et 16H30. La Marine possède une usine à torpilles toute proche mais n'avait fait aucun lancement ce jour là. D'ailleurs de nombreux batiments patrouillaient dans cette zone, et aucun n'a enregistrés d'onde dans ce secteur bien éloigné de la zone d'exercice de La Minerve.
- Une secousse sismique : Un tremblement de terre en Sicile aurait pu avoir lieu au même moment mais les appareils de mesures des observatoires et navires n'ont rien enregistrés, ce qui rend l'hypothèse très peu sérieuse.
- Une arme secrète étrangère : Le sous-marin Dakar livré à Israël par l'Angleterre a disparu dans la même période que la Minerve. L'hypothèse d'une action étrangère sur les deux sous-marins a été évoquée. Un journal a également écrit que la Minerve aurait eu pour mission de livrer à la marine israélienne des missiles lors d'un rendez-vous secret avec le Dakar : la manoeuvre de transbordement aurait provoqué la perte des deux batiments. (Pour plus de détails sur la perte du Dakar voir le site israélien de Uri).


Dernières nouvelles (juin 99) :

L'épave du sous-marin Dakar a été repérée le 28 mai 1999, entre Chypre et la Crète, le long de sa route originale à environ 2800 m de profondeur ( profondeur supérieure a sa capacité maximum ) . L'épave semble être coupée en deux avec une brèche sur le côté. L'investigation continue a l'aide de sonars et de caméras embarquées sur des robots, elle est menée par l'équipe qui a participée à la découverte de l'épave du Titanic. Les recherches en eaux profondes n'ont débutées qu'il y a environ deux ans sur une zone de 128 sur 10 kms. Plusieurs hypothèses ont été avancées sur la perte du sous-marin : le navire aurait pu être coulé par la marine égyptienne ; une intervention soviétique aurait également été évoquée, l'équipage ayant pu être capturé et déporté en Sibérie.
Les premières photographies sous-marines laissent supposer que le sous-marin aurait été touché accidentellement par un navire de surface, le kiosque du batiment étant particulierement détruit. Ceci expliquerait également la brèche au centre du sous-marin et pourquoi l'arrière du batiment a été retrouvée éloignée du corps principal. Les photographies des appareils de bord font apparaitre que le submersible a essayé d'atteindre la surface après avoir été abordé.

Le Monde daté du mardi 1 juin 1999 :

Le sous-marin perdu d'Israël, son épave retrouvée et sa dernière victime

Le sous-marin israélien INS-Dakar comptait soixante-neuf hommes à bord lorsqu'il sombra par une nuit de janvier 1968, en Méditerranée. Vendredi 28 mai, quelques heures après avoir été informé que l'épave du submersible disparu il y a trente et un ans venait d'être repérée par 2 900 m de fond, entre l'île de Chypre et la Crète, l'ancien chef de la marine, l'amiral Michael Barkaï, s'est tiré une balle dans la tête. L'officier se savait atteint d'un cancer incurable et son frère cadet, Avraham, était le commandant en second du Dakar. L'amiral Barkaï est aussitôt devenu la soixante-dixième victime du naufrage. Presque oubliées, les laborieuses négociations pour former le prochain gouvernement, les petites phrases des vainqueurs, les récriminations des vaincus et la vraie guerre qui a lieu là-bas, dans le Liban sud : depuis vendredi, Israël communie dans le souvenir de la plus grande catastrophe connue par sa marine de guerre.

Dans un pays où le culte des morts est une forme supérieure de culture, personne, à vrai dire, n'avait oublié. Construit par les Britanniques en 1943, le Dakar, à l'époque baptisé HMS-Totem, avait été racheté en 1965 par la marine israélienne en même temps que deux autres sous-marins semblables. Totalement réaménagé, doté des équipements les plus perfectionnés, notamment en matière de détection radar, le bâtiment avait quitté Portsmouth, en Grande-Bretagne, le 9 janvier 1968 pour rejoindre Haïfa, son nouveau port d'attache. Après une brève escale à Gibraltar, le 15 janvier, il avait mis le cap sur Israël, où il était attendu le 29 janvier.

Le 24 janvier, à 6 h 10, le navire envoya sa dernière position connue ; durant les dix-huit heures suivantes, il envoya encore trois messages de contrôle ; puis le 25 janvier, peu après minuit, un dernier télégramme codé, suivi d'un long silence. Les recherches furent lancées dès le lendemain, avec l'aide des marines britannique, américaine, grecque, turque et même libanaise. Le 6 février 1968, le ministre de la défense, Moshe Dayan, annonçait le bâtiment disparu corps et biens tandis que le grand aumônier militaire déclarait officiellement morts les soixante-neuf officiers et hommes d'équipage.

Comment avait coulé ce sous-marin presque neuf manoeuvré par l'un des meilleurs équipages de la flotte ? Les hypothèses les plus diverses coururent : accident de navigation, attaque ennemie (égyptienne ou russe), éruption volcanique au fond de l'océan dont aurait aussi été victime le sous-marin français Minerve, disparu la même semaine au large de Toulon. La découverte, un an plus tard, par un pêcheur de Khan Younes, d'un flotteur du Dakar ne permit pas de trancher. Depuis, les recherches n'avaient guère cessé, Israël allant même jusqu'à lancer dans la presse internationale une campagne offrant une récompense de 300 000 dollars (1,8 million de francs) pour toute information permettant de retrouver le bâtiment.

La découverte du Dakar à près de 3 000 mètres de profondeur rend extrêmement difficile, sinon improbable, toute récupération. Mais, en rendant largement compte des recherches et des moyens gigantesques investis au cours des ans pour retrouver le bâtiment, les autorités militaires n'ont voulu délivrer qu'un message, répété jusqu'au dogme : Israël n'oublie jamais ses soldats. Morts ou vivants.

Georges Marion correspondant du Monde à JERUSALEM




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Appareillage au crépuscule du sous-marin Minerve

 
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