Entourant le chef de l'Etat venu s'associer à son deuil, la population toulonnaise, plongée dans l'affliction, a rendu un suprême et solennel adieu à l'équipage du sous-marin "Minerve", disparu corps et biens en Méditerranée.
Magasins clos et toute activité suspendue pour une matinée, rumeurs de troupes en marche depuis l'aube, drapeaux à mi-hampe et cravate de crêpe, bourdon des églises égrenant les notes du glas... Un important service d'ordre est en place : 2.000 gendarmes, C.R.S., gardiens, inspecteurs ont investi la ville. Ils contrôlent et surveillent fenêtres, toits et recoins : l'attentat manqué du Mont Faron est dans les mémoires...

 

 

L'allocution du
général De Gaulle

"Des marins sont morts en mer. Ils étaient des volontaires. C'est à dire qu'ils avaient d'avance acceptés le sacrifice et qu'ils avaient conclus un pacte avec le danger"
"C'est pour cela, en particulier que le sous-marin "Minerve" a laissé au coeur de la France toute entière, un souvenir profond et à ses armées un exemple qui durera. Au nom de la patrie, je salue leur mémoire et je suis sûr que de ce qu'ils ont voulu faire et de ce qu'ils ont fait sortira pour notre France quelque chose de fort comme ils l'avaient voulu. Vive la France."

 


Arrivée du Chef de l'Etat et du ministre des armées à la B.S.M.
Photo "Cols Bleus " N°1026 du 17 février 1968.


L'adieu de Toulon et du chef de l'Etat à l'équipage de la Minerve


La tribune officielle pendant la cérémonie sur la place d'armes.
(photo "Cols Bleus" N° 1026 du 17 février 1968.)


La cérémonie religieuse

Il est 9H45 lorsque le général de Gaulle, en uniforme, arrive sur la place d'armes ou va être célébré l'office des morts. La foule l'applaudit. Il prend place sur un podium auprès de M.M. Mesmer, ministre des armées, Roy, préfet du Var ; des généraux Fourquet, délégué ministériel de l'armement ; Ailleret, chef d'état major des armées ; des amiraux Patou, chef d'état major de la marine et de Scitivaux de Grietche, préfet maritime.
Face au podium officiel, sur une seconde estrade, ont pris place les familles des victimes : pères ou frères qui contiennent leur chagrin, visages crispés et machoires serrées. Mères, femmes, fiancées, accablées de douleur sous les voiles noires.
Tout autour de la place que ferme un rampart de cols bleus et de pompons rouges c'est la foule silencieuse des Toulonnais. Les "enfants de Bretagne" qui composent le quart de la population toulonnaise sont en nombre.
L'autel a été dressé dans le kiosque à musique au centre de la place. Avant l'office, un aumonier de la marine invite l'assistance au recueillement. Les marins de la Minerve, que la mer nous as pris, dit-il, nous rassemblent de tous les horizons dans la foi et l'amitié. Le service, une messe basse, est concélébré par Mgr Jean Badre, vicaire aux armées, le chanoine Hubert Valet, vicaire général de la marine,le père Le Bihan, beau frère du commandant de la Minerve et le chanoine de Magondeaux, ancien lieutenant de vaisseau.
A l'instant du memento des morts, dans un silence impressionnant, les tambours voiles et les clairons lancent vers le ciel, les notes poignantes de la sonnerie "aux Morts“. Et c'est l'homélie de l'êveque de Toulon. Le prélat évoque le sacrifice de "ces hommes qui avaient accepté volontairement le danger pour le bien de tous et qui ne peuvent être morts en vain". Le pasteur Lestingant invite ensuite à prier pour les âmes des trois protestants que comptait l'équipage de la Minerve.

Citation à l'ordre de l'Armée des officiers et de l'équipage.

"Le ministre des Armées cite à l'ordre de l'Armée, le commandant, l'état-major et l'équipage du sous-marin Minerve. Armant un sous-marin à haute performance dans les conditions très exigeantes de la navigation sous-marine, ont toujours donné un haut exemple de valeur professionnelle et de dévouement au bien du service. Disparus en service commandé avec leur bâtiment devant Toulon le 27 janvier 1968."

 


Le général DE GAULLE présente ses condoléances aux familles.
photo "cols bleus" N°1026 du 17 février 1968.


Le général de Gaulle en plongée à bord de l'Eurydice


Il est 10H50 lorsque le chef de l'état pénètre dans la darse des sous-marins ou doit se dérouler la deuxième phase de la cérémonie. Le chef de l'état est acceuilli par l'amiral Storelli qui commande les forces sous-marines. Il passe en revue les équpages rangés en carré autour d'un mat blanc ou flotte face à la mer l'emblême tricolore, frappé en son centre d'une croix de Lorraine.
Mélés à ceux de l'Eurydice, de la Junon, de la Flore, de la Vénus et de l'Ariane sept marins arborent le béret de la Minerve : ce sont ceux qui n'avaient pu embarquer le jour fatal. Après la lecture de la citation à l'ordre de l'Armée et sa brève allocution, le président de la république serre, l'une après l'autre, les mains des parents des victimes. Puis à la surprise générale, il embarque en compagnie de Mr Messmer, à bord de l'Euydice, pour effectuer une plongée au large.
A 11H15 l'Eurydice, dont le commandant et l'équipage n'ont été prévenus qu'à la dernière minute, se détache du quai, tandis que joue la musique de la flotte. A bord, au milieu des marins en bleu, au garde-à-vous, se découpe sur la mer, la longue silhouette kaki du général, qui salue les équipages alignés à terre. Les sifflets de gabier se font entendre. Le submersible glisse lentement vers la rade, vers le large...
Dans le secteur 65 ou disparut la Minerve, l'Eurydice commandé par le lieutenant de vaisseau Gérard Moulineud, descend à 40 m. Pendant l'immersion, le général de Gaulle partage dans le minuscule carré le repas des officiers. Il se fait raconter la vie quotidienne des sous-mariniers, leurs problèmes, leurs occupations.le capitaine de vaisseau Pierre Emeury, commandant de la 1ere escadrille des sous-marins, luit fait un "amphi" sur la technique de plongée. Lorsque l'Eurydice fait surface, le capitaine de vaisseau Flohic, aide de camp du président de la République, a jeté dans les vagues, tombeau des marins engloutis, une couronne de rose et d'oeillets cravatée de tricolore. A 13H32 l'Eurydice est de retour au port.

Le Télégramme de Brest ( février 1968 )




Le général de Gaulle sur l'Eurydice

 


Le chef de l'Etat et sa suite sur le pont de l'Eurydice.


 

Le général De Gaulle et la Minerve



Dans le 1er tome du recueil intitulé "DE GAULLE, mon père - Entretiens avec Michel TAURIAC", l'Amiral Philippe De Gaulle livre deux confidences quant à l'attitude du Général de GAULLE lors de la disparition du sous-marin LA MINERVE.

a) Page 229 :
"Il n'avait d'illusions ni sur la nature humaine ni sur lui-même. C'est ce qui l'a fait paraître souvent cynique ou ingrat vis-à-vis de ses collaborateurs et même de ses proches. D'autant qu'il revêtait sa véritable nature d'une couche épaisse de pudeur qui aurait pu passer pour de la dissimulation. "Tout homme a une armure, me déclara-t-il un jour, mais la plupart se savent pas la porter". Pas plus que je ne l'ai vu autrement qu'en complet trois pièces ou en uniforme dès qu'il sortait de sa chambre, je ne l'ai vu sans cette armure. Peut-être n'a-t-il fait qu'une exception : lors de la disparition du sous-marin MINERVE, le 27 janvier 1968. Les commentaires qu'il m'a faits à ce sujet témoignaient d'une grande émotion et contredisent l'indifférence que lui ont faussement prêtée quelques journalistes. Rappelons qu'après avoir assisté à la messe des morts sur la place d'armes de Toulon et rencontré les sous-mariniers et leurs familles, il a tenu à effectuer une sortie en mer pour plonger à bord du sous-marin EURYDICE du même type que le bateau perdu.

b) Pages 232 et 233 :
- Devant la mort des autres, son extrême sensibilité n'étonnait-elle pas sa propre famille ?
- Parfois, oui. Je me souviens par exemple du jour où, alors qu'il commandait un bataillon de chasseurs en Rhénanie, nous l'avons vu arriver à la maison avec un brassard noir au bras gauche. Personne n'était mort dans la famille. Frappée, ma mère regardait sa manche comme si elle avait vu un
accroc. Il nous a alors expliqué qu'il avait décidé de porter le deuil d'un de ses jeunes troupiers qui venait de mourir d'une congestion pulmonaire parce que c'était un enfant trouvé et que personne d'autre n'aurait pu accomplir ce geste à sa place. Nous verrons ce brassard pendant près de six
mois. De même le verrons-nous après la mort d'un gendarme qui fut tué accidentellement alors qu'il était de garde à La Boisserie. Il marqua de la même façon, pendant six mois, la mort de ses frères Xavier et Pierre. On vit aussi sa manche garnie de ce signe de deuil pendant un mois après la disparition tragique des sous-mariniers du MINERVE."

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